journal LA PRESSE de Montréal, NEWS
| Sous
la plume de JOONEED KHAN le 09/11/98 dans HARRIS INTER «MONM» To: msanews@msanews.mynet.net The economic agreement Ben Ali signed with the European Community has accelerated the
breakdown of the national economy, foreign investors are forcing tens of thousands
of small and medium entreprises into closure and bankruptcy, workers are being laid off in |
Le texte paru dans le journal la presse de Montréal au Canada lecture rapide Le général Zine al-Abidine Ben Ali a marqué le 11e anniversaire de son coup d'État contre le président Habib Bourguiba en offrant son "pardon" à "certains détenus" politiques qui voudront bien en faire la demande, et en promettant d'autoriser des opposants à lui disputer la présidence aux élections prévues l'an prochain. De tels élans proviennent en fait de l'arsenal d'artifices que déploie de manière systématique le régime de Tunis pour soigner son image de modération à l'étranger, en maintenant à l'intérieur un État policier exemplaire et totalitaire. C'est ce qui ressort d'un colloque organisé la semaine dernière à l'Université de Montréal par l'ADPM (Association des droits de la personne au Maghreb), auquel participaient le dissident exilé Ahmad Manaï et la professeure Lise Garon, de l'Université Laval. "Ben Ali suscita beaucoup d'espoir en 1987 en proclamant que les Tunisiens étaient majeurs, mais ces espoirs s'envolèrent en 1989 quand son parti s'appropria tous les sièges aux élections", a dit Manaï, qui s'était présenté comme indépendant. Mal lui en prit car rentré au pays en 1991 pour le Ramadan, Manaï fut arrêté, emprisonné et torturé pendant deux semaines avant d'être expulsé sous la clameur de protestations à l'étranger. Tunis prit sa famille en otage, et c'est de peine et de misère qu'il organisa leur fuite en France, où Manaï fut agressé deux fois, en 1996 et 1997, agressions dont il porte les cicatrices. "Les 9 millions de Tunisiens vivent dans la peur, pas seulement au pays mais à 10.000 km de là", a dit l'auteur du livre «MOSO»Supplice Tunisien, Le Jardin secret du général Ben Ali«MONM» (La Découverte, 1995), préfacé par le Français Gilles Perrault. Après le scrutin de 1989, le régime déclencha une impitoyable répression contre les islamistes de Al-Nahdha mais aussi contre les démocrates laïcisants et les militantes féministes. En 1994, Ben Ali fit arrêter Moncef Marzouki, ancien président de la Ligue des droits, qui s'était porté candidat à la présidence, mais il accorda aux opposants 19 sièges au Parlement. "Pourquoi 19 ? Parce qu'il faut être 20 pour contrôler une commission", a dit Manaï. Pour la professeur Lise Garon, auteur de «MOSO»Le Silence tunisien, Les Alliances dangereuses au Maghreb«MONM», le succès du régime Ben Ali tient en grande partie à la propagande systématique qu'il mène à l'étranger pour soigner l'image de la Tunisie comme havre de paix dans une région tourmentée, pays des droits, paradis du tourisme, partenaire de la Communauté européenne, et élève modèle du FMI et de la Banque mondiale. "Au début des années 1990, je fus moi-même éprise du discours des opposants démocrates et laïcs qui défendaient alors Ben Ali comme le rempart contre la menace islamiste", a-t-elle confié. "Mais Ben Ali s'est ensuite retourné contre ces démocrates, et contre les féministes", a ajouté Mme Garon, qui a dénoncé ce qu'elle appelle "la rente islamiste", c'est à dire l'épouvantail dont se servent les régimes arabes pour se perpétuer au-delà de la Guerre froide."Les dissidents de l'ex-URSS étaient nos amis, mais ceux des régimes arabes sont totalement oubliés", a-t-elle constaté. Ben Ali s'est fait élire et réélire "triomphalement" en 1989 et 1994. Il a annoncé qu'il entend briguer en 1999 un 3e mandat de cinq ans. Le secrétariat d'État US notait en 1996 que "le parti de Ben Ali et ses prédesseurs directs ont monopolisé le pouvoir depuis 1956 en Tunisie", ajoutant que "la capacité des Tunisiens de changer de gouvernement par des moyens démocratiques reste à démontrer". "L'accord de partenariat avec l'Europe a accéléré la destruction de l'économie tunisienne, les investisseurs étrangers obligent des milliers de pme à fermer ou les contraignent à la faillite, les ouvriers sont mis à pied par dizaines de milliers, des «MOSO»boat-people«MONM» tunisiens sont refoulés d'Italie et de Sicile, une grande explosion sociale se prépare en Tunisie", a averti Mme Garon.Amnistie internationale dénonçait pas plus longtemps que la semaine dernière l'acharnement du régime Ben Ali à noircir ses opposants, en allant jusqu'à diffuser des montages photo et vidéo pour les discréditer. AI mentionnait le cas de Marzouki, mais aussi ceux de Khemaïs Ksila, de la Ligue des droits, de Mohamed Moada, du principal parti d'opposition MDS, de l'avocat Najib Hosni, et des avocates Radhia Nasraoui et Nejet Yaqoubi. Michel Frenette, chef de la section canadienne-francophone d'AI, soulignait de son côté que le régime, dont l'arsenal policier s'étend aux télécommunications et à l'Internet, avait bloqué l'accès en Tunisie des sites Web d'AI et d'autres organisations de droits, et créé des sites bidon sous le nom d'Amnesty pour diffuser sa propre propagande.
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La Presse de Montréal du mardi 10 novembre, rubrique "REPÈRES", section Le Monde.
| Publié par le journal La presse de Montréal Le 10/11/98 Page B6 MONDE L'État policier par JOONEED KHAN*
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| Le général Zine al-Abidine Ben Ali a marqué le 11e anniversaire de son coup d'État contre le président Habib Bourguiba en offrant son "pardon" à "certains détenus" politiques qui voudront bien en faire la demande, et en promettant d'autoriser des opposants à lui disputer la présidence aux élections prévues l'an prochain. De tels élans proviennent en fait de l'arsenal d'artifices que déploie de manière systématique le régime de Tunis pour soigner son image de modération à l'étranger, en maintenant à l'intérieur un État policier exemplaire et totalitaire. C'est ce qui ressort d'un colloque organisé la semaine dernière à l'Université de Montréal par l'ADPM (Association des droits de la personne au Maghreb), auquel participaient le dissident exilé Ahmad Manaï et la professeure Lise Garon, de l'Université Laval. "Ben Ali suscita beaucoup d'espoir en 1987 en proclamant que les Tunisiens étaient majeurs, mais ces espoirs s'envolèrent en 1989 quand son parti s'appropria tous les sièges aux élections", a dit Manaï, qui s'était présenté comme indépendant. Mal lui en prit car rentré au pays en 1991 pour le Ramadan, Manaï fut arrêté, emprisonné et torturé pendant deux semaines avant d'être expulsé sous la clameur de protestations à l'étranger. Tunis prit sa famille en otage, et c'est de peine et de misère qu'il organisa leur fuite en France, où Manaï fut agressé deux fois, en 1996 et 1997, agressions dont il porte les cicatrices. "Les 9 millions de Tunisiens vivent dans la peur, pas seulement au pays mais à 10.000 km de là", a dit l'auteur du livre «MOSO»Supplice Tunisien, Le Jardin secret du général Ben Ali«MONM» (La Découverte, 1995), préfacé par le Français Gilles Perrault. Après le scrutin de 1989, le régime déclencha une impitoyable répression contre les islamistes de Al-Nahdha mais aussi contre les démocrates laïcisants et les militantes féministes. En 1994, Ben Ali fit arrêter Moncef Marzouki, ancien président de la Ligue des droits, qui s'était porté candidat à la présidence, mais il accorda aux opposants 19 sièges au Parlement. "Pourquoi 19 ? Parce qu'il faut être 20 pour contrôler une commission", a dit Manaï. Pour la professeur Lise Garon, auteur de «MOSO»Le Silence tunisien, Les Alliances dangereuses au Maghreb«MONM», le succès du régime Ben Ali tient en grande partie à la propagande systématique qu'il mène à l'étranger pour soigner l'image de la Tunisie comme havre de paix dans une région tourmentée, pays des droits, paradis du tourisme, partenaire de la Communauté européenne, et élève modèle du FMI et de la Banque mondiale. "Au début des années 1990, je fus moi-même éprise du discours des opposants démocrates et laïcs qui défendaient alors Ben Ali comme le rempart contre la menace islamiste", a-t-elle confié. "Mais Ben Ali s'est ensuite retourné contre ces démocrates, et contre les féministes", a ajouté Mme Garon, qui a dénoncé ce qu'elle appelle "la rente islamiste", c'est à dire l'épouvantail dont se servent les régimes arabes pour se perpétuer au-delà de la Guerre froide."Les dissidents de l'ex-URSS étaient nos amis, mais ceux des régimes arabes sont totalement oubliés", a-t-elle constaté. Ben Ali s'est fait élire et réélire "triomphalement" en 1989 et 1994. Il a annoncé qu'il entend briguer en 1999 un 3e mandat de cinq ans. Le secrétariat d'État US notait en 1996 que "le parti de Ben Ali et ses prédesseurs directs ont monopolisé le pouvoir depuis 1956 en Tunisie", ajoutant que "la capacité des Tunisiens de changer de gouvernement par des moyens démocratiques reste à démontrer". "L'accord de partenariat avec l'Europe a accéléré la destruction de l'économie tunisienne, les investisseurs étrangers obligent des milliers de pme à fermer ou les contraignent à la faillite, les ouvriers sont mis à pied par dizaines de milliers, des «MOSO»boat-people«MONM» tunisiens sont refoulés d'Italie et de Sicile, une grande explosion sociale se prépare en Tunisie", a averti Mme Garon. Amnistie internationale dénonçait pas plus longtemps que la semaine dernière l'acharnement du régime Ben Ali à noircir ses opposants, en allant jusqu'à diffuser des montages photo et vidéo pour les discréditer. AI mentionnait le cas de Marzouki, mais aussi ceux de Khemaïs Ksila, de la Ligue des droits, de Mohamed Moada, du principal parti d'opposition MDS, de l'avocat Najib Hosni, et des avocates Radhia Nasraoui et Nejet Yaqoubi. Michel Frenette, chef de la section canadienne-francophone d'AI, soulignait de son côté que le régime, dont l'arsenal policier s'étend aux télécommunications et à l'Internet, avait bloqué l'accès en Tunisie des sites Web d'AI et d'autres organisations de droits, et créé des sites bidon sous le nom d'Amnesty pour diffuser sa propre propagande. * est journaliste éditorialiste, reporter |
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