A propos de
la rencontre du 23 septembre à Paris
De passage à Paris, après avoir participé aux travaux d'une rencontre
internationale à propos des enfants en Afrique, à l'issue de laquelle il
fut nommé au poste de coordinateur général du "Réseau africain de
protection de l'enfance", le Dr Moncef Marzouki, porte-parole du Conseil
national pour les libertés en Tunisie (CNLT) a été l'hôte d'une
rencontre-réception à l'initiative des militants, des amis et des
sympathisants du CNLT à Paris, notamment du "Comité de soutien aux
luttes civiques en Tunisie", à la librairie parisienne "La
sirène".
Environ une soixantaine de personnes, de nombreuses personnalités
maghrébines, arabes et françaises, se sont retrouvées pour témoigner de
leur appui au CNLT. Au cours de la rencontre, le Dr Moncef Marzouki a
pris la parole pour retracer l'itinéraire du combat du CNLT depuis deux
ans et pour dire combien la lutte des démocrates en Tunisie est
difficile sans le soutien multiforme de l'opinion internationale. Après
quoi un échange s'est déroulé entre le porte-parole du Conseil et les
présents, qui a porté essentiellement sur l'état des libertés en
Tunisie, les perspectives des luttes offertes au mouvement démocratique,
la place du CNLT dans le paysage politique tunisien et surtout la marche
de la préparation de la Conférence nationale démocratique prévue pour le
mois de décembre 2000.
Lecture a été donnée au cours de cette soirée d'un texte envoyé par
Madame Sihem Bensedrine membre du CNLT.
Les organisateurs
Texte envoyé par Sihem Bensedrine
A vous tous qui êtes réunis ce soir, amis et membres du CNLT, j'adresse
un grand salut. Vous me permettrez de partager avec vous ce moment de
retrouvailles et de vous transmettre ma pensée.
L'initiative du CNLT a été pour nous tous un rai de soleil dans la
grisaille de notre long tunnel politique.
Et par delà son apport spécifique en tant que cadre de défense des
droits humains, il nous a surtout redonné la force de rêver un mieux
pour notre pays, d'oser penser qu'une alternative est possible et de
franchir les lignes rouges qui enserraient notre liberté au quotidien.
L'expérience unificatrice est gratifiante et rassurante. C'était une
gageure de pouvoir réunir toutes ces personnalités d'horizons divers
dans un projet généreux et audacieux.
Les réactions ont été diverses, il y a eu les encouragements et les
félicitations. Il y a eu aussi les malentendus, la convoitise et même le
travail de sape.
Rien de plus normal dans un contexte d'asphyxie où l'oxygène est rare et
les vrais problèmes mal identifiés. Ajoutons à cela une culture de
monopole où le pluralisme fait peur.
2000 a été une bonne année pour la Tunisie militante, la dictature s'est
fissurée et des brèches de la résistance se sont ouvertes.
Les tâches sont apparues immenses et les appels à l'unité se sont faits
insistants.
Demande justifiée et ô combien pertinente. Mais on ne sort pas indemne
d'une dictature, elle vous flétrit et vous marque au rouge. La société
malade et divisée a désappris à débattre et perdu ses repères. Tout est
à reconstruire et il faut du temps.
Ceux là même qui appellent à l'unité s'appliquent à la miner à l'instant
même où ils demandent cette unité.
Pour ma part, je trouve que l'apprentissage de la démocratie (pour les
démocrates) est un chemin nécessaire et il faut l'emprunter avec
humilité. Il n'est pas nécessaire d'exiger l'unité maintenant ! Elle
n'est même pas utile, elle aussi a besoin d'être construite et il ne
faut pas que cette vérité nous décourage. La convergence d'un combat est
à rechercher, c'est un impératif et la lutte nous y contraint tous sur
le terrain.
Par contre l'effort que nous devons faire sans délai, c'est d'essayer
d'être POSITIF, de voir positivement l'effort que fait notre voisin,
aller chercher notre dose d'oxygène ailleurs que chez notre collègue qui
souffre de la même pénurie que nous, aller voir précisément du côté du
dictateur.
Chaque pierre, de quelque dimension qu'elle soit, posée dans l'édifice
de la nouvelle Tunisie libre est à soutenir et encourager. Cela
faisons-le ensemble modestement.
Sihem Bensedrine.