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Le journal libération paraissant en France, évoquait la situation des droits de la personne en Tunisie sous la plume de José Garçon, journaliste reporter.( lien avec article du 8/11/98)
Le journal La Presse de Montréal à Quebec- Canada, rendait compte d'un colloque et prenait position par l'un de ses éminents Journalistes.
Joonnedkhann La Presse De Montréal du 11/11/98
A la date du 12/10/98, par celle de Wicem Souissi journaliste Tunisien selon nos informations.
Le journal du Monde du 4/11/98 informait du rapport d'Amnesty International
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Libertés politiques et libertés économiques sont liées. Si l'Union Européenne décide d'aider la Tunisie, elle ne doit pas, pour autant, fermer les yeux sur l'état des libertés dans ce pays.
Face à la Tunisie, l'Europe doit être ferme par Wicem Souissi
Sur quelles valeurs repose ou ne repose pas-, le commerce euro-méditerranéen ? S'agit-il " des principes démocratiques et des droits de l'homme" ? C'est ce que stipule une nouvelle génération d'accords commerciaux initiés à la conférence de Barcelone par l'Union européenne et le pays du sud de la Méditerranée. Ou ne s'agit-il là que de verbiage et de déclarations pompeuses ?
La Tunisie est pionnière de la signature de ce type d'accords qui conjuguent explicitement commerce et démocratie. Du coup, elle a un statut de "partenaire privilégié" de l'Europe. Au risque de donner un mauvais exemple à d'autre pays, eux aussi peu désireux d'appliquer la clause sur les droits de l'homme, faut-il faire fi de ses casseroles humanitaires et de sa persistance à vouloir étouffer toute liberté ?
Il y a, en la matière, un traitement à géométrie variable selon le pays "partenaire" de l'Union. A l'adresse de la Turquie frappant aux portes de l'Europe des Quinze, le ministre français délégué aux Affaires européennes posait des conditions : "Quels piètres Européens serions-nous si nous ne considérions pas (les) problèmes (de liberté de la presse et de la répression des Kurdes par Ankara)" ("Le Monde", 9 mai 1998).
En revanche, s'agissant de la Tunisie, le Premier ministre français, Lionel Jospin, assurait, l'an dernier, que son "ancrage économique à l'Europe (allait) conduire ce pays à une ouverture de la démocratie et du pluralisme".
Il n'en est rien, au contraire. Au prétexte de combattre l'islamisme, le pouvoir tunisien continue, implacablement, de réprimer toutes les voix discordantes, que ce soit celles de journalistes, d'opposants ou de défenseurs des droits de l'homme. Les familles ne sont pas non plus épargnées. Le tout avec la complicité d'un inquiétant silence européen. Ainsi, en juin dernier, les groupes de gauche du Parlement européen et un groupe de droite, une majorité assurée de députés en somme, n'ont pas été au bout de leur résolution à faire état de leurs préoccupations devant l'absence de liberté en Tunisie. Leurs projets de résolutions en ce sens ont été ajournés sine die suite à d'intenses pressions de Tunis, et sans contrepartie. De son côté, la première commission d'association entre la Tunisie et l'Union a, certes, évoqué, le 13 juillet dernier à Bruxelles, des spécificités locales qui, à l'instar d' un système bancaire lesté de 2 milliards de dollars de dettes irrécouvrables, ne favorisent pas l'investissement. Mais la question des libertés a été occultée. La même logique a dominé la réunion parlementaire Tunisie-Union européenne des 16 et 17 septembre à Strasbourg, précisément dans le cadre de l'accord d'association.
Plusieurs raisons peuvent être avancées en faveur d'un changement réel d'orientation, pour que l'Union européenne concilie son souci légitime de préserver ses intérêts et une fermeté sur les principes dont elle se réclame. Une voie médiane qui consisterait à n'évoquer qu'en catimini les atteintes aux droits de l'homme est perçue à Tunis comme une attitude timorée autorisant de facto la répression. Ainsi, auréolé du satisfecit pourtant quelque peu nuancé décerné par Jacques Chirac à l'automne 1997, le président Ben Ali a pu célébrer en grande pompe une décennie d'autocratie inaugurée le 7 novembre par l'éviction manumilitari de l'ancien "président à vie" Habib Bourguiba. Avant de multiplier en 1998 procès politiques et arrestations arbitraires.
Une deuxième raison d'employer la fermeté est que la Tunisie a signé et ratifié l'accord.
Qu'elle essaye de s'y soustraire ne change rien au fait qu'elle a souverainement concédé à l'Europe un droit de regard sur ses pratiques en matière de libertés. Inversement, les Européens doivent se sentir engagés par leur parole.
La fermeté est d'autant plus nécessaire que libertés politiques et économiques sont liées. Les dissocier tient d'un discours méprisant à légard de ces pays du tiers monde qui auraient besoin d'autoritarisme avant de parvenir à la démocratie. Le roi Hassan II, pour sa part, a accompagné sa dynamique d'ouverture commerciale vers l'Europe d'une ouverture politique en direction de ses anciens opposants. La tolérance manifestée par l'Union européenne à l'égard de la bipolarisation forcenée de la vie politique tunisienne entre gouvernants et islamistes, fait pour l'heure le jeu des premiers, mais subrepticement et à plus long terme, le lit des seconds. Ce dont les uns et les autres s'accommodent. Il appartient aux responsables européens, plutôt que de fléchir, d'infléchir cet autoritarisme d'outre-Méditerranée. Sauf à tourner le dos à leurs propres valeurs.
Wicem Souissi est journaliste "Libération", 12/10/98
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Tunisie : sous les palmiers, la prison
Symbole des violations des droits de lhomme, le cas de Khemaïs Ksila.
Le régime tunisien bénéficie incontestablement du soutien tacite dune bonne partie de la population. On y vit plutôt mieux que dans les pays voisins, grâce à une croissance économique stable. La législation sur les droits de la femme y est la plus avancée, dans une région où celles-ci sont considérées comme déternelles mineures. Pourtant, ce régime martyrise sans vergogne tous ceux qui osent réclamer, pacifiquement, le respect des libertés publiques.
La Tunisie de Zine Ben Ali, qui célèbre aujourdhui le onzième anniversaire de son arrivée au pouvoir, illustre ce triste paradoxe. Au même titre que le tableau accablant dressé par le tableau accablant dressé par le très récent rapport dAmnesty International ou par la Fédération internationale des droits de lhomme (FIDH).
Le sort réservé à Khemaîs Ksila, vice président de la Ligue tunisienne des droits de lhomme, symbolise parfaitement " les pressions et le harcèlement constants " exercés contre les défenseurs des droits de lhomme et tous ceux qui osent exprimer un point de vue divergent. " La Ligue gêne le pouvoir, il nen veut plus , cest tout ", dit sobrement Fatma KSILA, son épouse venue à Paris pour participer à une réunion organisée jeudi par la FIDH afin dexiger sa libération. Arrêté à son domicile le 29 septembre I997, Ksila est détenu depuis -et pour encore dix huit mois-, au " pavillon G " , le plus dégradé de la prison civile de Tunis, dans des conditions qui lont amené à observer plusieurs grèves de la faim. Ses dix-sept premiers jours de détention se sont passés sans matelas, avec 7O droits communs, tous condamnés à de très lourdes peines ; Le résultat de ses grèves de la faim, interrompues après des violences physiques alternant avec des promesses daméliorer ses conditions de détention? Un matelas et des compagnons de cellule moins nombreux : ils sont 45 aujourdhui. Mais pour linstant, aucun changement dans le régime des visites : un quart dheure, séparé de sa femme et de ses enfants de 7 et 1O ans par deux grillages au milieu desquels trône un gardien. "Malgré cela, malgré des antécédents cardiaques et des problèmes de rein, il tient bon ", remarque sa femme, dont la voiture a été interceptée à trois reprises et qui est sous surveillance policière constante. Lorigine des malheurs de Khemaîs ksila - un des dix prisonniers politiques adoptés par les Nations unies - ressemble à sy méprendre à un délit dopinion : il avait publié en septembre I997 un communiqué condamnant les violations des droits dans son pays. "Atteinte à lordre public, diffusion de fasses informations et dincitation à transgresser les lois " , ont décidé les juges en le condamnant à trois ans de prison.
Cas emblématique, Khemais Ksila nest pas, loin de là un exemple isolé; Dénonçant " lincarcération de milliers de prisonniers dopinion, le recours à la torture et aux mauvais traitements pendant la détention sécrète " Amnesty cite aussi les " brimades professionnelles, les écoutes téléphoniques, la confiscation des passeports, les campagnes de presse ignobles qui visent à intimider et réduire au silence les militants des droits de lhomme ". Une tache sur un pays toujours enclin à vanter sa " douceur de vivre " aux touristes.

Le journal du Monde du 4/11/98 informait du rapport d'Amnesty International
Amnesty International dénonce
la répression en Tunisie
"Il EST de plus en plus difficile de défendre les droits de l'homme en Tunisie", constate Amnesty International en introduction d'un rapport consacré à la Tunisie. Rendu public mardi 3 novembre, le document - intitulé "Les défenseurs des droits de l'homme pris pour cible" - observe que les Autorités tunisiennes "mènent depuis quelques années une campagne impitoyable de répression et d'intimidation visant les défenseurs des droits humains et quiconque réclame le respect de ces droits".
Incarcération, interrogatoire, harcèlement des proches -y compris les enfants- brimades professionnelles, écoutes téléphoniques, confiscations des passeports, campagnes de presse sous la forme d'articles "intimider les militants des droits de l'homme et les réduire au silence", accuse, exemples à l'appui, l'Organisation qui, au passage redit sa préoccupation devant "l'incarcération de milliers de prisonniers d'opinion, le recours à la torture et aux mauvais traitements pendant la détention secrète, les procès inéquitables (...)".
Un cas symbolise "les pressions croissantes" exercées contre les défenseurs des droits de l'homme : celui de Khemaïs Ksila. Le vice-président de la Ligue tunisienne des droits de l'homme (LTDH) a été arrêté à son domicile à l'automne 1997 après avoir publié un communiqué où il condamnait les violations des droits fondamentaux commises dans son pays. Inculpé d'atteinte à l'ordre public, de diffusion de fausses informations et d'incitation à transgresser les lois, il a été condamné en février à trois ans de prison ferme, peine confirmée par la Cour d'appel et la Cour de cassation ("Le Monde" du 28 avril). Depuis son incarcération, M. Ksila a observé plusieurs grèves de la faim.
Le catalogue des "violations" des droits humains recensées par Amnesty International risque de s'enrichir avec le vote, intervenu le mardi 27 octobre, d'un projet de loi qui autorise le ministère de l'Intérieur à demander aux tribunaux de retirer son passeport ou d'interdire le départ pour l'étranger d'un citoyen tunisien si son déplacement, de l'avis des pouvoirs publics, "est de nature à porter atteinte à l'ordre et à la sécurité publics".
"Habillage judiciaire"
Adopté à la quasi-unanimité par la Chambre des députés (2 votes contre), le texte gouvernemental signé lundi 2 novembre par le président Zine El Abidine Ben Ali, est présenté comme une avancée par la presse dans la mesure où jusqu'à présent en vertu d'une loi de 1975 le retrait du passeport ou l'interdiction de voyager étaient du seul ressort du ministère de l'intérieur. Le texte gouvernemental, écrit le quotidien officiel "Le Temps", témoigne de la volonté du président Ben Ali de "garantir l'adéquation entre la consolidation de l'Etat de droit ( ... ) et le respect des droits de l'homme et des libertés fondamentales".
Tel n'est pas l'avis des Organisations non-gouvernementales qui subsistent en Tunisie. Dans un appel qui circule depuis quelques jours dans le pays, cinq associations (dont la LTDH et la section tunisienne d'Amnesty International) s'élèvent contre un texte qui "ne fait que revêtir d'un habillage judiciaire les décisions du ministre de l'Intérieur [et] constitue une entrave supplémentaire à tout processus démocratique". "Ce projet, poursuit l'appel, disqualifie l'institution judiciaire en obligeant le magistrat à prononcer des sanctions préventives fondées sur une criminalisation implicite de toute forme de critique. [II] conduit le magistrat à décider de priver le citoyen de l'une de ses libertés fondamentales sans qu'il soit auditionné ni lui ni son avocat et sans qu'il puisse faire appel."
Jean-Pierre Tuquoi
"Le Monde" 4/11/98
La Presse de Montréal du mardi 10 novembre, rubrique "REPÈRES", section Le Monde.
| Publié par le journal La presse de Montréal Le 10/11/98
Page B6
L'État policier par JOONEED KHAN*
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| Le général Zine al-Abidine Ben Ali a marqué le
11e anniversaire de son coup d'État contre le président Habib Bourguiba en offrant son
"pardon" à "certains détenus" politiques qui voudront bien en faire
la demande, et en promettant d'autoriser des opposants à lui disputer la présidence aux
élections prévues l'an prochain.
De tels élans proviennent en fait de l'arsenal d'artifices que déploie de manière systématique le régime de Tunis pour soigner son image de modération à l'étranger, en maintenant à l'intérieur un État policier exemplaire et totalitaire. C'est ce qui ressort d'un colloque organisé la semaine dernière à l'Université de Montréal par l'ADPM (Association des droits de la personne au Maghreb), auquel participaient le dissident exilé Ahmad Manaï et la professeure Lise Garon, de l'Université Laval. "Ben Ali suscita beaucoup d'espoir en 1987 en proclamant que les Tunisiens étaient majeurs, mais ces espoirs s'envolèrent en 1989 quand son parti s'appropria tous les sièges aux élections", a dit Manaï, qui s'était présenté comme indépendant. Mal lui en prit car rentré au pays en 1991 pour le Ramadan, Manaï fut arrêté, emprisonné et torturé pendant deux semaines avant d'être expulsé sous la clameur de protestations à l'étranger. Tunis prit sa famille en otage, et c'est de peine et de misère qu'il organisa leur fuite en France, où Manaï fut agressé deux fois, en 1996 et 1997, agressions dont il porte les cicatrices. "Les 9 millions de Tunisiens vivent dans la peur, pas seulement au pays mais à 10.000 km de là", a dit l'auteur du livre «MOSO»Supplice Tunisien, Le Jardin secret du général Ben Ali«MONM» (La Découverte, 1995), préfacé par le Français Gilles Perrault. Après le scrutin de 1989, le régime déclencha une impitoyable répression contre les islamistes de Al-Nahdha mais aussi contre les démocrates laïcisants et les militantes féministes. En 1994, Ben Ali fit arrêter Moncef Marzouki, ancien président de la Ligue des droits, qui s'était porté candidat à la présidence, mais il accorda aux opposants 19 sièges au Parlement. "Pourquoi 19 ? Parce qu'il faut être 20 pour contrôler une commission", a dit Manaï. Pour la professeur Lise Garon, auteur de «MOSO»Le Silence tunisien, Les Alliances dangereuses au Maghreb«MONM», le succès du régime Ben Ali tient en grande partie à la propagande systématique qu'il mène à l'étranger pour soigner l'image de la Tunisie comme havre de paix dans une région tourmentée, pays des droits, paradis du tourisme, partenaire de la Communauté européenne, et élève modèle du FMI et de la Banque mondiale. "Au début des années 1990, je fus moi-même éprise du discours des opposants démocrates et laïcs qui défendaient alors Ben Ali comme le rempart contre la menace islamiste", a-t-elle confié. "Mais Ben Ali s'est ensuite retourné contre ces démocrates, et contre les féministes", a ajouté Mme Garon, qui a dénoncé ce qu'elle appelle "la rente islamiste", c'est à dire l'épouvantail dont se servent les régimes arabes pour se perpétuer au-delà de la Guerre froide."Les dissidents de l'ex-URSS étaient nos amis, mais ceux des régimes arabes sont totalement oubliés", a-t-elle constaté. Ben Ali s'est fait élire et réélire "triomphalement" en 1989 et 1994. Il a annoncé qu'il entend briguer en 1999 un 3e mandat de cinq ans. Le secrétariat d'État US notait en 1996 que "le parti de Ben Ali et ses prédesseurs directs ont monopolisé le pouvoir depuis 1956 en Tunisie", ajoutant que "la capacité des Tunisiens de changer de gouvernement par des moyens démocratiques reste à démontrer". "L'accord de partenariat avec l'Europe a accéléré la destruction de l'économie tunisienne, les investisseurs étrangers obligent des milliers de pme à fermer ou les contraignent à la faillite, les ouvriers sont mis à pied par dizaines de milliers, des «MOSO»boat-people«MONM» tunisiens sont refoulés d'Italie et de Sicile, une grande explosion sociale se prépare en Tunisie", a averti Mme Garon.Amnistie internationale dénonçait pas plus longtemps que la semaine dernière l'acharnement du régime Ben Ali à noircir ses opposants, en allant jusqu'à diffuser des montages photo et vidéo pour les discréditer. AI mentionnait le cas de Marzouki, mais aussi ceux de Khemaïs Ksila, de la Ligue des droits, de Mohamed Moada, du principal parti d'opposition MDS, de l'avocat Najib Hosni, et des avocates Radhia Nasraoui et Nejet Yaqoubi. Michel Frenette, chef de la section canadienne-francophone d'AI, soulignait de son côté que le régime, dont l'arsenal policier s'étend aux télécommunications et à l'Internet, avait bloqué l'accès en Tunisie des sites Web d'AI et d'autres organisations de droits, et créé des sites bidon sous le nom d'Amnesty pour diffuser sa propre propagande.
* est journaliste éditorialiste, reporter |
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