date: Thu, 11 May 2000 00:48:21 +0100
subject: TBB, Le Monde , 10 mai 2000



Le Monde
 10 mai 2000

   Taoufik Ben Brik pourrait cesser sa grève de la faim dans les prochains jours


Le journaliste tunisien devrait se rendre, jeudi, en Algérie
Taoufik Ben Brik devrait quitter Paris, jeudi 11 mai, pour Alger, où il restera quelques jours, « le temps de saluer [ses] amis »,avant de retourner en Tunisie. Hospitalisé à la Pitié-Salpétrière, à Paris, le journaliste, qui observe une grève de la faim depuis le 3 avril, n'exclut pas de cesser son mouvement en Algérie.

 



LA COUVERTURE du magazine qui traîne sur le sol a quelque chose d'incongru et d'ironique dans cette chambre d'hôpital occupée par un gréviste de la faim : elle met en garde contre les dangers d'une alimentation trop riche en cholestérol. Ce n'est pas le seul journal dans la petite pièce de Taoufik Ben Brik, qui a des allures de kiosque. S'y côtoient les titres de la presse française et étrangère qui ont parlé du combat du journaliste contre le régime du président Ben Ali. A proximité, une cassette de La Callas et une pile de fax envoyés par des amis, connus ou inconnus, des organisations de défense des droits de l'homme, des opposants politiques. Et quelques livres, dont un roman de l'écrivain espagnol Paco Ignacio Taibo II où il est question du journalisme, « la dernière tranchée des hommes libres contre la merde du système ».
La fenêtre de sa chambre, largement ouverte sur un carré de verdure de la Pitié-Salpétrière, Taoufik Ben Brik n'a guère le temps de lire, ce lundi 8 mai. Les visites, interrompues par d'interminables coups de fils, se succèdent à un rythme élevé : une télévision arabe, le responsable de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH), un patron de presse algérien... Auparavant, Marie-Claire Mendès-France et Danielle Mitterrand sont passées apporter leur soutien au journaliste, en grève de la faim depuis le 3 avril. Plusieurs éditeurs parisiens ont fait le déplacement, une proposition de contrat à la main. Lui n'en a cure. Flottant dans un jean devenu trop large, les traits creusés par les semaines de jeûne, fumant cigarette sur cigarette, il prépare son départ pour Alger, jeudi 11 mai.
UNE RAISON IMPÉRIEUSE
« Je tiens à aller saluer mes amis algériens, explique-t-il de sa voix rocailleuse, en particulier les journalistes qui m'ont soutenu depuis le début ». Mais Taoufik Ben Brik, qui se définit comme un « bandit d'honneur », l'homme qui, armé de sa seule plume, a réussi à faire plier le président Ben Ali, a une autre raison, plus impérieuse celle-là, d'aller à Alger. C'est le besoin d'aller se recueillir dans la Casbah, le quartier populaire de la capitale algérienne, à l'endroit où, en 1957, est tombé Ali La Pointe, ce truand à demi-proxénète qui, en pleine bataille d'Alger, s'était mis au service de la « révolution » avant de tomber sous les balles des parachutistes du colonel Marcel Bigeard. « Si je dois arrêter ma grève de la faim, c'est là que je le ferai », lâche-t-il.
Ses amis l'y exhortent. Lundi, plusieurs d'entre eux, dont le secrétaire général de Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard, lui ont remis une lettre-pétition lui demandant de cesser son mouvement maintenant qu'il a obtenu gain de cause : il a un passeport, peut se déplacer à l'intérieur de la Tunisie comme à l'extérieur. Et, surtout, il a mis à mal l'image de marque du régime tunisien. Son escapade algérienne ne durera que quelques jours :
« Je ne suis pas candidat à l'exil. Je n'ai jamais pu rester plus de quinze jours hors de mon pays. Ce n'est pas maintenant que je vais commencer », conclut-il.
Jean-Pierre Tuquoi



Le Monde daté du mercredi 10 mai 2000