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Le Monde
10 mai 2000
Taoufik
Ben Brik pourrait cesser sa grève de la faim dans les
prochains jours
Le journaliste tunisien
devrait se rendre, jeudi, en Algérie
Taoufik Ben Brik devrait quitter Paris, jeudi
11 mai, pour Alger, où il restera quelques jours,
« le temps de saluer [ses] amis »,avant de
retourner en Tunisie. Hospitalisé à la
Pitié-Salpétrière, à Paris, le journaliste, qui
observe une grève de la faim depuis le 3 avril,
n'exclut pas de cesser son mouvement en Algérie.
LA COUVERTURE du magazine qui traîne sur le sol a
quelque chose d'incongru et d'ironique dans cette chambre
d'hôpital occupée par un gréviste de la faim :
elle met en garde contre les dangers d'une alimentation
trop riche en cholestérol. Ce n'est pas le seul journal
dans la petite pièce de Taoufik Ben Brik, qui a des
allures de kiosque. S'y côtoient les titres de la presse
française et étrangère qui ont parlé du combat du
journaliste contre le régime du président Ben Ali. A
proximité, une cassette de La Callas et une pile de fax
envoyés par des amis, connus ou inconnus, des
organisations de défense des droits de l'homme, des
opposants politiques. Et quelques livres, dont un roman
de l'écrivain espagnol Paco Ignacio Taibo II où il
est question du journalisme, « la
dernière tranchée des hommes libres contre la merde du
système ».
La fenêtre de sa
chambre, largement ouverte sur un carré de verdure de la
Pitié-Salpétrière, Taoufik Ben Brik n'a guère le
temps de lire, ce lundi 8 mai. Les visites,
interrompues par d'interminables coups de fils, se
succèdent à un rythme élevé : une télévision
arabe, le responsable de la Fédération internationale
des droits de l'homme (FIDH), un patron de presse
algérien... Auparavant, Marie-Claire Mendès-France et
Danielle Mitterrand sont passées apporter leur soutien
au journaliste, en grève de la faim depuis le
3 avril. Plusieurs éditeurs parisiens ont fait le
déplacement, une proposition de contrat à la main. Lui
n'en a cure. Flottant dans un jean devenu trop large, les
traits creusés par les semaines de jeûne, fumant
cigarette sur cigarette, il prépare son départ pour
Alger, jeudi 11 mai.
UNE RAISON IMPÉRIEUSE
« Je tiens à aller saluer mes amis
algériens, explique-t-il de sa voix
rocailleuse, en particulier les journalistes
qui m'ont soutenu depuis le début ».
Mais Taoufik Ben Brik, qui se définit comme un « bandit
d'honneur », l'homme qui, armé de sa
seule plume, a réussi à faire plier le président Ben
Ali, a une autre raison, plus impérieuse celle-là,
d'aller à Alger. C'est le besoin d'aller se recueillir
dans la Casbah, le quartier populaire de la capitale
algérienne, à l'endroit où, en 1957, est tombé Ali La
Pointe, ce truand à demi-proxénète qui, en pleine
bataille d'Alger, s'était mis au service de la « révolution »
avant de tomber sous les balles des parachutistes du
colonel Marcel Bigeard. « Si je dois
arrêter ma grève de la faim, c'est
là que je le ferai », lâche-t-il.
Ses amis l'y exhortent. Lundi, plusieurs d'entre eux,
dont le secrétaire général de Reporters sans
frontières (RSF), Robert Ménard, lui ont remis une
lettre-pétition lui demandant de cesser son mouvement
maintenant qu'il a obtenu gain de cause : il a un
passeport, peut se déplacer à l'intérieur de la
Tunisie comme à l'extérieur. Et, surtout, il a mis à
mal l'image de marque du régime tunisien. Son escapade
algérienne ne durera que quelques jours : « Je
ne suis pas candidat à l'exil. Je n'ai jamais pu rester
plus de quinze jours hors de mon pays. Ce n'est pas
maintenant que je vais commencer »,
conclut-il.
Jean-Pierre Tuquoi
Le Monde daté du mercredi 10 mai 2000
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