JUN -07-99 16:44
La disparition de Moncef Marzouki a étonné tous les observateurs de la situation tunisienne, le philosophe tunisien Mezri Haddad exilé en France ami personnel de Moncef Marzouki communique:
DECLARATION
C'est avec surprise, déception et consternation que j'ai appris, le samedi 5 juin, l'enlèvement de mon ami d'hier, d'aujourd'hui et de toujours, le docteur Moncef Marzouki. C'était à 14h30 et il sortait du domicile de M. Omar Mestiri, lorsque des agents de la Sécurité l'ont interpellé, et, menu militari, embarqué.
Jusqu'à aujourd'hui, lundi 7 juin, on ne connaissait ni l'identité ou la qualité des auteurs de cet enlèvement, ni l'endroit où il a été séquestré. Il s'agit là d'un acte grave, sans précédent, qui plus est, portant atteinte aux principes de l'Etat de droit. Ce n'est qu'aujourd'hui que j'ai appris que Moncef Marzouki serait prochainement déféré devant un juge d'instruction. Voilà qui est plus "rassurant" qu'une pure et simple disparition.
De quoi accuse t-on cet authentique patriote, ce défenseur ardent et constant des droits de l'homme ? Moncef Marzouzi n'est pas, comme beaucoup d'autres personnages, un commerçant des droits de l'homme. Pour lui, les droits de l'homme, c'est une inaltérable vocation autant qu'un sacerdoce. Ce n'est pas un dangereux subversif, ni un opportuniste ambitieux. C'est un contestataire qui a sa façon d'exprimer son amour de la Patrie. En outre, il a toujours agi dans le respect de la légalité républicaine, comme d'ailleurs son ami Mustapha Ben Djaffar. Les multiples démarches entreprises pour la reconnaissance du Conseil National pour les LIbertés en Tunisie, en est la preuve incontestable.
C'est pourquoi , en cette malheureuse, critique et décisive circonstance, je fais appel à la raison du chef de l'Etat à qui revient la charge, de par la Constitution même, de garantir la sécurité et les droits inaliénables des citoyens, de tous les citoyens. Je fais appel à lui pour assurer l'intégrité morale et physique du citoyen Marzouki. L'Etat a le droit et le devoir de se défendre, par tous les moyens que la Loi lui octroie, lorsque la paix civile est menacée ou que la sécurité du pays est impliquée. Il ne viendra à l'esprit de personne que ce soit le cas aujourd'hui, en l'occurrence avec Moncef Marzouki et le groupe de pacifistes qui l'entoure. La Tunisie n'a qu'un seul ennemi contre lequel l'Etat, comme l'élite, comme la société civile doivent se multiplier : le fanatisme politique et religieux.
En tant que citoyen tunisien : en tant que libre penseur absolument attaché au respect des droits de l'homme et aux idéaux démocratiques, je prie, par conséquent, les plus hautes autorités du pays de libérer le docteur Moncef Marzouki.
MEZRI HADDAD
Paris le 7 juin 1999