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L'Internet en Tunisie: Etat des lieux




Se connecter à Internet est un luxe en Tunisie : outre le prix de
l'ordinateur très élevé pour le tunisien moyen, les frais d'abonnement
ainsi que le coût du temps de connexion sont relativement chers.


Le prix de l'heure de connexion varie entre 1d200 à 1d800 ce qui est
comparativement plus cher que la France par exemple; la France étant par
ailleurs considérée comme l'un des pays développés où la connexion reste
onéreuse.

L'Internet n'a eu droit de cité en Tunisie qu'en 1996. En décembre 1996, on
dénombrait 111 internautes.
Les experts estiment qu'on aurait très bien pu éviter ce retard énorme pour
introduire cette nouvelle technologie d'information.
Les autorités tunisiennes ont retardé l'accès à l'Internet juste par souci
sécuritaire.
D'ailleurs, l'Etat tunisien contrôle si étroitement l'accès au net que cela
lui a valu d'être classé parmi les 20 pays ennemis de l'Internet dans le
monde (Reporters Sans Frontières, communiqué de presse 9, Août 1999).
En effet, L'Agence Tunisienne de l'Internet (ATI) (baptisée ironiquement
par les Tunisiens avertis comme étant les "Agents Terrorisant les
Internautes"), exerce, en vertu d'arrêtés du ministère de la communication
du 22 Mars 1997, une tutelle sur les deux seuls fournisseurs d'accès à ce
réseau planétaire.
Ces deux sociétés privées, planet.tn et globalnet.tn, sont en réalité liées
au pouvoir, l'une étant dirigée par la fille du président Ben Ali et la
seconde par un autre membre de la famille Ben Ali (Ali Babbou).
Un rapport de Reporters Sans Frontières daté du 18 juin 1999 note :
"[Qu']en dépit des affirmations inscrites dans le contrat qui lie l'abonné
au fournisseur d'accès ("Planet Tunisie, qui n'exerce aucun contrôle sur
les données susceptibles d'être consultées par l'intermédiaire de son
centre serveur, n'assume aucune responsabilité quant aux services
accessibles par Internet"), il est avéré que les serveurs centraux des deux
fournisseurs d'accès opèrent un contrôle des mouvements de certains
internautes. Ainsi, les sites qu'ils visitent peuvent être recensés et même
la connexion peut être interrompue, sans que l'utilisateur s'aperçoive que
cela a été délibérément provoqué. Il est même arrivé que des internautes
reçoivent la visite à leur domicile de policiers qui les interrogent sur
les raisons de leur connexion à telle ou telle adresse.
De plus, l'accès à certains sites dont les adresses ont été enregistrées
préalablement est bloqué en permanence.
En novembre 1998, Amnesty International a publié un rapport qui recense les
atteintes graves aux droits de l'homme commises par le pouvoir. Ce rapport
est diffusé sur le site Web de l'organisation (www.amnesty.org). Un site
internet, dont l'adresse (www.amnesty-tunisia) joue sur la confusion avec
le nom d'Amnesty, est alors installé pour vanter le bilan du pays et
l'action du président Ben Ali en faveur des droits de l'homme. L'auteur de
ce site complaisant, Raghib El Chammah, se défend d'avoir pris la défense
de Tunis et nie tout lien avec le président Ben Ali.
Sur son propre site, dont l'accès est bloqué sur le territoire tunisien,
Amnesty International dénonce l'imposture et réfute point par point les
affirmations de M. El Chammah. Celui-ci est à la tête d'un cabinet de
relations publiques et de lobbying, présent au Liban et en France, dont le
pouvoir tunisien est un des principaux clients..."
La navigation sur Internet en Tunisie est constamment surveillée. Maghreb
Confidentiel du 25 octobre 1999 avance même le chiffre de quatre cents
(400) agents surveillant les connexions des Tunisiens.
L'acheminement des courriers électroniques officiels (planet et globalnet)
est très souvent retardé (de 24 à 48 heures) alors qu'il est théoriquement
instantané.Parfois même, certains courriers n'arrivent jamais.
Mais la mise en place d'outils contre la censure et la surveillance, tels
que le codage ou la réexpédition anonyme des courriers électroniques,
semblent prendre de vitesse les mesures de contrôle utilisées par les
gouvernements et ce, selon un rapport de Human Rights Watch.
"L'internet est déjà utilisé pour contourner la censure, notamment par les
groupes de défense des droits de l'homme qui parviennent à faire circuler
leurs informations plus facilement qu'avant. Les journaux réussissent aussi
à publier des articles qui n'auraient pu échapper à la censure au moment de
l'impression" .
Les jeunes Tunisiens apprennent à jongler avec cette censure et à
s'échanger entre eux les "adresses Proxy" fonctionnant encore (l'ATI fait
tout son possible pour les répertorier et les censurer un à un):
Au lieu de se connecter à partir d'un serveur local, les internautes, par
une simple opération dans les options de la connexion, se connectent à
partir d'un serveur Proxy. Les "adresses Proxy" efficaces s'échangent
souvent sur les forums de discussion).
D'ailleurs les jeunes tunisiens cherchant des "Proxy" ne sont pas forcément
intéressés par des questions portant sur les droits de l'homme et des
libertés publiques (sujets tabous en Tunisie).
Souvent, ces Tunisiens se retrouvent dans l'impossibilité de consulter des
sites scientifiques, car tout un nom de domaine a été censuré (exemple:
www.multimania.com).
En raison de la présence de quelques sites évoquant les droits de l'homme
en Tunisie, le pouvoir tunisien censure "multimania.com" bien que ce soit
un de moteurs de recherche les plus utilisés au monde.
L'ATI a censuré les journaux français Le Monde et Libération en bloquant
leur accès pendant la campagne électorale en Tunisie (10 au 23 octobre
1999).
Ces même journaux français, par une technique encore plus sophistiquée, ont
été censurés du 10 novembre au 18 décembre 1999. Pendant cette période,
même les "adresses Proxy" les plus performantes ne pouvaient contourner
cette censure.
Ironiquement, la présidente de l'ATI a déclaré au malicieux journaliste de
La Presse (novembre 1999) qui l'interrogeait sur l'utilisation des Proxy en
Tunisie que cette utilisation "n'est pas interdite. L'Internet est
complètement libre en Tunisie".
Par ailleurs, les internautes tunisiens trouvent des parades à la censure
comme la cryptologie et les "serveurs d'anonymat" qui servent de relais
pour consulter des sites interdits ou échanger des e-mails.
Cette pratique est largement répandue en Chine (Lire Libération du 1er
octobre 1999) et est utilisée en Tunisie bien qu'interdite explicitement
par Planet qui a rappelé à ses usagers fin 1998 que la cryptologie était
illicite.
Il est malheureux de constater que le nom de la Tunisie est présent à côté
de pays comme l'Arabie Saoudite, l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan, le
Kirghizistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, la
Biélorussie, la Birmanie, la Chine, la Corée du Nord, Cuba, l'Irak, l'Iran,
la Libye, la Sierra Leone, le Soudan, la Syrie et le Viêt-nam comme étant
de ces pays qui sont "ennemis de l'Internet".
Deux pays au monde ont censuré l'encyclopédie universelle Encarta2000. Il
s'agit de la Corée du Nord et...de la Tunisie.
Il est à noter que la presse tunisienne, qui parle presque quotidiennement
d'acquis sur le plan des nouvelles technologies d'information, n'a
pratiquement jamais évoqué le problème de la censure sur Internet sauf en
janvier 1999 par le magazine El Mawkef ("Fokkou el riq'aba ran el
Internet", "Arrêtez la censure sur Internet").
Malgré tous ces interdits, les internautes tunisiens trouvent toujours un
échappatoire grâce au forum de discussion yatunis.com où la liberté de ton
est notable.
Malheureusement, cette petite satisfaction n'a plus lieu d'être depuis que
le forum de ce site a été remplacé par un bref communiqué portant pleins de
sous- entendus : " Message From Yatunis TeamYour: Forum is experiencing
more and more difficulties when connecting from Tunisia because of some
messages. We don't want to interfere because this is not our Forum. It's
YOURS. Under U.S. State and Federal Laws, we are under no obligation to do
so. But we have to do so to make life easier to our beloved visitors from
Tunisia, a very small fraction compared to our wide international base. We
are rethinking your forum.
We love suggestions. email us: forum@yatunis.com"
Le seul forum tunisien complètement libre a été ainsi censuré pour
"protéger les internautes tunisiens"!!
Comme quoi, aux Etats Unis, on a de sérieuses raisons de croire que la
sécurité des internautes tunisiens n'est pas totalement garantie.
Par ailleurs, Le site du CNLT (Conseil national pour les Libertés en
Tunisie) www.cnlt98.org est censuré mais beaucoup de tunisiens arrivent à
contourner cette censure ce qui a fait dire à un adepte de ce forum de
discussion que ce forum est "le seul endroit qui (me) permet de respirer en
Tunisie".
 Pour proteger la vie de la personne nous apellerons l'auteur de l'article
                                                   sous le pseudonyme Issa