Interview d'Hélène Flautre,
Députée européenne des Verts,
vice-Présidente de la Commission Maghreb, par Daniel
Mermet à son émission
" là-bas si j'y suis ",
France Inter, vendredi 29 septembre 2000 :
" Il y a des gens [politiques] qui se mettent la tête dans
le sac [face à la dictature de Ben Ali], c'est une grande catégorie. Puis il y
a des gens politiques qui maintiennent et préservent certains intérêts, et
ces intérêts sont essentiellement entre des États, c'est à dire de la
Tunisie à la France, ou à l'Espagne, etc., ce sont des intérêts communs qui
amènent des complicités de comportement, par exemple quand la France veut délivrer
un visa, elle se renseigne auprès des autorités Tunisiennes, si c'est un
militant [ou non], [on demande :] il a fait quoi ? Il y a donc des complicités
des services de police. Il y a complicité des services diplomatiques. Il n'y a
pas longtemps j'ai rencontré l'Ambassadeur de France en Tunisie, je l'ai arrêté
trois fois en lui disant " ce discours là je le connais, c'est le discours
des autorités tunisiennes elles-mêmes ! ".
D. Mermet : " Ah bon ! "
H. Flautre : " Ah oui ! C'est assez ! Vous allez voir
votre ambassadeur dans un pays où vous venez de constater plein de choses, et
l'ambassadeur vous sort l'argumentaire : " la démocratie à petits pas
", etc., bref le discours que les autorités tunisiennes nous rabâchent
tous les matins et quand on veut. []
On [le Parlement européen] pousse à ce que la Commission européenne fasse des
propositions sérieuses et opérationnelles pour que en cas de violations des
droits de l'homme, l'Union européenne ait un moyen de " sanctions
"entre guillemets et c'est là que l'on se trouve confrontés à la
complicité des États parce que évidemment dans le Conseil d'évaluation de
l'Accord
d'association il y a des ministres des Affaires étrangères des États membres
et eux ils préservent les intérêts et cela arrange tout le monde tant que
l'affaire n'est pas trop visible et tant que l'opinion n'est pas
trop alertée, mais sinon qu'est-ce que vous voulez, c'est des gens
[c'est à dire le régime tunisien] qu'on leur fait subir quand-même un
redressement structurel très brutal qui entraîne une situation sociale plus
tendue, il faut aussi des mains fermes pour tenir ces gens-là. Voilà ! Donc si
Ben
Ali se montre capable de faire cela, ma foi, on peut fermer les yeux sur
quelques Cas, c'est à cela à quoi l'on est confronté, hein ? Donc moi je
crois que l'on a vraiment besoin de la mobilisation de l'opinion publique sur
ces affaires là.
(Fin de l'interview)