Question : Être élu à 99,44 %, est-ce là le signe d'une vraie démocratie ?

Réponse : Personne n'a été gêné plus que moi par ce score. Après tout, l'on peut de nos jours gouverner à l'aise avec seulement 55 % de voix.

Interview de Ben Ali à l'UPI :

Question : Être élu à 99,44 %, est-ce là le signe d'une vraie démocratie ?

Réponse : Personne n'a été gêné plus que moi par ce score. Après tout, l'on peut de nos jours gouverner à l'aise avec seulement 55 % de voix.

Commentaire du traducteur et analyste:

(Ainsi, répondait Ben Ali  à Arnaud de Borchgrave, PDG de l'agence américaine UPI qui l'a interviewé le 9 juillet 2000 pendant une heure et demi dans la résidence présidentielle de Hammamet.

L'entretien  a été censuré en entier par la presse tunisienne, qui n'a eu droit qu'à un compte-rendu officiel entièrement fabriqué à la hâte par les fonctionnaires de Carthage. Voici les principaux passages de la vraie interview que nous traduisons de l'Anglais à partir du texte publié par UPI en date du 10 juillet. )

A lire impérativement.

Question :

Depuis la fin du communisme il y a une décade, le souci principal de la plupart des autres grandes puissances dans leur politique étrangère a été de constituer un contre-poids à la puissance américaine. Comment un petit pays comme la Tunisie, pris en tenailles entre la Libye et l'Algérie, voit une puissance dominante jamais égalée dans l'histoire telle que les Etats Unis ?

Réponse :

Ce n'est certainement pas le souci principal de notre politique étrangère. (…) Les Etats Unis n'ont pas imposé leur puissance. (…) Ils n'ont pas colonisé comme l'ont fait d'autres grandes puissances, ni ils se sont ingérés dans les affaires intérieures d'autres pays (…)

Question :

Vu d'un pays en développement comme la Tunisie, est-ce que la globalisation et l'américanisation sont une et même chose ?

Réponse :

Nous ne pouvons les éviter. Ne les combats pas, mais utilise-les pour vous hisser au niveau de l'économie globale. (…) Nos écoles primaires sont connectées à internet (…)

Moi-même, je passe trois heures par nuit sur internet. Je télécharge des documents universitaires à partir des principales bibliothèques en Europe et en Amérique et je les envoie à mes ministres, les interrogeant pour savoir s'ils en savent quelque chose ou non. Quand je cherche quelqu'un pour occuper un poste gouvernemental important, je consulte ma base de données. (…)

Question :

Que préconisez-vous vis-à-vis de l'Irak ?

Réponse :

Les embargos ne marchent pas. Ils sont contre-productifs et pérennisent simplement les dictateurs au pouvoir. Fidel Castro a survécu à tous les présidents depuis Kennedy. L'embargo est un alibi pour les dictateurs pour qu'ils sévissent encore davantage. C'est le cas de l'Irak. Vous êtes en train de faire souffrir le peuple, mais pas le régime, et Saddam Hussein peut imputer ses souffrances aux Etats Unis. (…)

Question :

Que faire alors de Saddam Hussein ?

Réponse :

Soutenir les opposants à Saddam comme vous le faites maintenant, ne sert à rien non plus. Ils n'ont aucune crédibilité à l'intérieur de l'Irak. Les gens qui ont souffert ne vont pas accepter facilement d'être gouvernés par des gens qui mènent la belle vie à l'étranger. Cela doit venir de l'intérieur, et cela ne peut venir que si les sanctions sont levées. Les dictateurs ont toujours une fin, - se sauver comme Ceaucescu.

Question :

Récemment, vous avez rencontré au Caire Muammar Gaddafi, le roi Mohamed VI et le président Bouteflika. Avez-vous trouvé un terrain d'entente entre vous ?

Réponse :

On dit que cela constitue un voisinage dangereux. Je leur ai dit ce que je dis à mon peuple : avance ou crève. Notre jeunesse est branchée sur internet et nous avons cinq millions de touristes par an, pour une population de 10 millions. Ainsi, il y a de grandes différences entre les quatre pays du Maghreb. L'Algérie lutte contre les extrémistes islamistes. L'Algérie et le Maroc sont sur le point d'en découdre à cause du Sahara occidental, et le Polisario menace de reprendre les hostilités si le Maroc ne s'en tient pas à ses premiers engagements sur le référendum. Mais nous étions d'accord sur le fait que

1) la démocratie n'est pas un café instantané,

2) les nations maghrébines doivent rapprocher leurs économies pour mieux négocier avec les Européens.

Question :

Y-a-t-il un point de vue commun sur les luttes religieuses entre chrétiens et musulmans dans des pays comme l'Egypte, le Soudan, le Nigéria, les Philippines et l'Indonésie ?

Réponse :

Les extrémistes islamistes sont le vrai problème. Nous sommes tous d'accord sur cela. Leur intolérance est totalement incompatible avec le Coran qui prêche la tolérance. A Jerba, nous avons la synagogue de la Ghriba, le lieu saint le plus important du judaïsme après Jérusalem. Jerba compte au total quatorze synagogues. Des milliers de pèlerins israéliens et juifs du monde entier la visitent tous les ans. La racine de l'extrémisme est l'extrême pauvreté. Vous devez y faire face avec des réformes sociales et économiques. La jeunesse demande partout de la transparence. Internet est en train de réduire tous les tabous. La seule chose que nous voulons préserver c'est la vie privée. Les comportements sexuels dans la vie privée ne concernent personne sauf les individus concernés.

Question :

Au cours de l'attaque aux frontières algériennes, les terroristes ont laissé trois cadavres et un matériel de guerre avant de retourner en Algérie. Que savez-vous de leur identité et de ceux qui sont derrière eux ?

Réponse :

Ce sont des Arabes afghans. Ils ont même porté le béret afghan. Ces gens sont des vétérans de la guerre contre l'occupation soviétique en Afghanistan. Il y a des milliers de ces vétérans venus de tous les pays arabes. Ils sont rentrés chez-eux après cette guerre en vrais fondamentalistes fanatiques qui se sont identifiés au Jihad, ou guerre sainte contre les infidèles. Nous avons coopéré intimement avec la sécurité algérienne à ce sujet.

Question :

Avez-vous eu des Tunisiens afghans et qu'est-ce qu'il en est advenu ?

Réponse :

Oui, plusieurs centaines d'entre eux. Ils ont commis des actes de terrorisme quand notre pays avait une économie en faillite. Ils ont jeté de l'acide sur la figure de femmes qui ne portaient pas le chador. Nous avons libéré maintenant environ 600 prisonniers qui ont été condamné pour de tels crimes, y compris des meurtres, après avoir purgé leurs peines ou bénéficié de remise de peine. Nous n'en avons exécuté aucun. Ils sont maintenant absorbés dans une société moderne transformée où le voile n'est pas permis dans les administrations, où 20 % des postes municipaux et 2 ministres sont des femmes, où 70 % du pays appartient à la classe moyenne, 70 % possèdent leurs maisons, où toutes les régions sont traitées sur un pied d'égalité, pour une population qui est à 90 % musulmane.

Question :

Pourquoi alors la Tunisie est-elle la cible des médias français et d'al-Jazeera, la TV qatari la plus regardée dans le monde arabe ?

Réponse :

Ce n'est que les médias libéraux et pas tous les médias. De tels médias sont encore encroûtés dans le socialisme. Quelques journalistes français et des hommes politiques sont furieux pour la façon dont nous avons diversifié nos relations internationales et que nous ne soyons plus le sanctuaire privilégié pour les intérêts français. Quant à al-Jazeera, c'est un mystère. Il y a plusieurs fondamentalistes qui y travaillent et qui ne sont pas heureux pour la façon dont nous avons écrasé l'extrémisme fondamentaliste en Tunisie. D'autres personnes disent qu'il s'agit d'une manipulation du Mossad. D'autres y voient la CIA essayant de faire évoluer les régimes féodaux du Golfe. Et encore d'autres qui disent que c'est le petit Qatar qui essaie de montrer sa force. Mais personne ne sait la vérité.

Question :

En octobre dernier vous avez été élu à un quatrième mandat avec 99,44 % de vote - pourcentage qui n'a pas été vu depuis l'époque de la guerre froide à l'Est. Est-ce là le signe d'une démocratie bien-portante ?

Réponse :

Personne n'a été gêné plus que moi par ce score. Après tout, l'on peut de nos jours gouverner à l'aise avec seulement 55 % de voix. L'opposition a consisté en 6 partis très faibles avec des chefs faibles qui n'ont pu convaincre le peuple qu'ils ont quelque chose de mieux à leur proposer. Nos électeurs ont reconnu que nous avons besoin d'un gouvernement fort soutenu par le seul parti que le pays ait connu depuis notre indépendance de la France en 1956. L'Italie, par exemple, peut s'offrir le luxe d'une multiplicité de partis et de changer de gouvernement tous les six mois. Nous sommes trop fragiles pour une telle démocratie.

Question :

Quelle action décisive pourrait débloquer l'impasse au Moyen-Orient ?

Réponse :

Nous avons applaudi à l'initiative d'un Camp David faite par le Président Clinton. (…) Les deux parties sont condamnées à vivre ensemble. (…) Les deux parties doivent voir plus loin et envisager leur avenir dans le contexte du progrès technologique sans cesse en mutation. Et ici les progrès fantastiques d'Israël peuvent jouer un rôle de locomotive pour la région.


NWM: ainsi va la vie, les pouvoirs se succedent, les hommes ne sont pas immortels !!!!

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