Afrique
 

“Nous ne souhaitons pas la bienvenue au président Ben Ali”

"Le Journal" (Casablanca)

La presse marocaine a unanimement célébré la récente visite officielle du président tunisien au Maroc. A l’exception du Journal, qui ne ménage pas ses critiques à l’encontre du régime de Ben Ali.

Durant les deux jours qu’a duré la visite du président tunisien au Maroc (les 15 et 16 mars), tout a été dit sur l’excellence des relations entre les deux pays frères. Pendant ces deux jours de “symbiose parfaite” entre deux Etats maghrébins, il n’y a pas eu une seule note discordante, une seule critique, un seul mot amer pour dénoncer la nature d’un régime policier qui bafoue les libertés publiques, emprisonne sans ménagement ses opposants et fait fi des aspirations d’une population qui a sûrement son mot à dire sur la conduite des affaires de son pays. La Tunisie, comme le clament les affiches publicitaires, est un pays merveilleux. C’est en partie vrai. Le soleil généreux, la douceur de vivre et le climat font de cette contrée une destination de rêve pour les vacanciers, toutes bourses confondues. Mais la Tunisie est aussi un pays merveilleux pour ses dirigeants, qui remportent, comme ici, les élections avec 99,99 % des voix et se font obéir des masses, qui ont appris depuis longtemps à marcher au pas. Le premier de leurs dirigeants est un général 24 étoiles (sinon plus), Zine el-Abidine Ben Ali, qui confond souvent son pays avec une caserne - un lieu où il a longtemps vécu et appris son métier d’homme aux ordres, donnant des ordres.
Le parti du président Ben Ali, le Rassemblement constitutionnel et démocratique (RCD, qui, soit dit en passant, n’a rien de démocratique ni de constitutionnel), est une formation politique hégémonique qui n’accepte pas la contestation ni la confrontation des idées. Les partis d’opposition sont devenus, s’ils ne l’étaient pas déjà, des satellites. Ainsi, les députés de l’opposition n’ont pu accéder au Parlement qu’en 1994, à l’issue des élections législatives. Depuis, cette date est fêtée avec joie et fierté par le régime, qui l’a mise en avant pour prouver à l’étranger ses avancées en matière de démocratie. Sur les 163 députés de la Chambre des représentants, seuls 19 appartiennent à des partis de l’opposition. Si ce n’est pas de la figuration, cela y ressemble beaucoup. De même, sur les 4 000 conseillers municipaux que compte le pays, seuls 6 élus représentent les partis de l’opposition. Et là, c’est le système à la soviétique, genre Staline, Brejnev et autres grincheux, transposé en terre d’islam. Si on peut continuer à l’appeler ainsi. Au moins, du temps d’Habib Bourguiba, le Combattant suprême pour les laudateurs, les choses étaient claires et simples, un hymne permanent à l’unicité : un seul pays, un seul parti, un seul maître, un seul président, etc.
Mais les temps changent, et les dirigeants tunisiens se seraient récemment rendu compte qu’il fallait, pour faire plus vrai, donner plus de poids à l’opposition institutionnalisée. Dans un discours à la nation, en date du 7 novembre 1997, le général-président Zine el-Abidine Ben Ali s’est déclaré disposé à revoir le code électoral pour “donner”, ou offrir, aux partis de l’opposition 20 % des sièges du Parlement lors des élections législatives de novembre 1999. Encore heureux. Il ne lui est jamais venu à l’esprit que l’opposition puisse gagner plus de sièges ou obtenir la majorité. C’est comme si les élections étaient préparées et trafiquées d’avance. [...]

Ali Lmrabetr

 

Pour en savoir plus

Tunisia on line Un portail d'infos sur la Tunisie (en anglais)
Les libertés envolées de la Tunisie Un article du "Monde diplomatique" sur la situation des droits de l'homme depuis l'arrivée de Ben Ali à la présidence
Le Changement un site en français à la gloire de la décennie du président Ben Ali (1987 - 1997)




 


 

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