Zine El abidine Ben Ali
Palais de Carthage1
Comité pour le Respect des Libertés et des Droits de l'Homme en Tunisie
21 ter rue Voltaire 75011 Paris- France
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membre du Réseau Euro-méditerranéen des Droits de l'Homme
Communiqué
La répression à l'heure d'été (en Tunisie)
La période d'été est souvent mise à profit par les autorités tunisiennes pour régler quelques comptes avec des opposants et des défenseurs des libertés et des droits de l'homme dans le but de susciter le moins de vagues possible. La police, encouragée par les discours musclés des responsables, au premier chef ceux du président Ben Ali, est incitée à rappeler aux récalcitrants que l'ordre de " l'Etat RCD " règne au mépris parfois de la vie humaine
Le jeune Chaker, tabassé à mort !!
C'est ainsi que le jeune Chaker, âgé de 26 ans, a payé de sa vie pour le simple fait d'avoir tenté d'échapper à un contrôle de police. Le mercredi 9 août, à Hammamet (ville balnéaire et touristique située à 60 km de Tunis), le jeune Chaker circulant en moto a aperçu un barrage de police contrôlant les conducteurs, en particulier les cyclomoteurs ne portant pas de casques. Il a alors fait demi-tour et a été rattrapé par deux policiers en moto qui l'ont roué de coups, notamment avec leur casque, jusqu'à la mort. Issu d'une famille modeste, Chaker travaille à l'hôtel Al fill et habite le quartier Dar Al Far (littéralement la maison de la souris). Les habitants, révoltés et choqués, ont tenté, le 10 août 2000, d'organiser une marche pacifique de protestation en se dirigeant vers le palais présidentiel, demeure estivale du Chef de l'Etat. Ils se sont heurtés avec la police qui les a dispersés sans ménagement. Les autorités, comme à l'accoutumé ont cherché à opérer un black-out sur l'information puis à faire diversion en prétendant que la mort du jeune Chaker est accidentelle. Un des agents a été mis aux arrêts et une instruction judiciaire a été ordonnée.
Cet acte criminel rappelle encore une fois les dégâts causés par l'ordre policier qui règne en Tunisie avec sa sauvagerie encouragée par l'impunité dont jouissent les auteurs. C'est une illustration supplémentaire d'un pouvoir qui a fait de la violence et de la torture un système de gouvernement prétendant appliquer la loi au mépris du droit fut-il le droit sacré à la vie.
Le CRLDHT dénonce ce crime odieux commis par des policiers qui, assurés de leur impunité, sont entrains par les autorités pour terroriser les personnes. Il exige que la justice punisse les auteurs de ce crime abominable ainsi que la poursuite des responsables qui l'ont couvert par leur silence et leur complicité. Il exprime à la famille du jeune Chaker sa solidarité et sa compassion et demande réparation pour la mémoire de la victime et pour sa famille.
Le CRLDHT rappelle que les autorités tunisiennes ont été condamnées à plusieurs reprises par les instances internationales pour leur à la pratique de la torture à une large échelle alors que la Tunisie est signataire de la convention internationale contre la torture. Il appelle les ONG nationales et internationales à mener campagne pour que la mort de Chaker ne reste pas impunie.
Taoufik Echaieb et Ridha Boukadi grévistes de la faim en danger !
Au même moment, deux grévistes de la faim, Taoufik Echaieb et Ridha Boukadi, détenus politiques à la prison civile de Tunis, membres d'Ennahdha, sont en danger de mort.
Taoufik Echaieb est en grève de la faim depuis 39 jours. Son avocate, maître Radhia Nassraoui a lancé un appel le 13 août 2000 pour attirer l'attention de l'opinion publique et aviser les autorités sur le danger de mort que court ce détenu. Amnesty international a lancé un appel d'urgence le 15 août dans le même sens.
Ridha Boukadi s'est arrêté de s'alimenter totalement depuis le 10 juillet 2000. Son état de santé se dégrade dangereusement à tel point que les autorités tunisiennes ont cru bon de lui amener ses parents à la prison, le 11 août, pour le convaincre de cesser la grève de la faim. En vain.
Ces deux grévistes de la faim démontrent à l'évidence l'état désastreux des détenus politiques dans les prisons tunisiennes contrairement aux allégations officielles qui nient l'existence de prisonniers politiques en Tunisie. Le CRLDHT exige, à l'instar des ONG nationales et internationales, la constitution d'une mission d'enquête indépendante sur les prisons tunisiennes devenues de véritables mouroirs pour les détenus.
Il joint sa voix à toutes celles qui réclament la libération de tous les détenus politiques et d'opinion.
Le docteur Mustapha Ben Jaafar, interpellé puis relâché
Le Docteur Mustapha Ben Jaafar a été interpellé par la police, le 14 août 2000 vers 12h30 heure tunisienne, alors qu'il sortait du siège du CNLT. Emmené au commissariat de Bab Bhar (centre de Tunis), il a été interrogé puis relâché vers 15h30. La police lui reproche ses " activités illégales " (sic) et a dressé un procès verbal à son encontre. En fait , le Dr Mustapha Ben Jaafar, est harcelé au sujet de ses activités dans le cadre d'une " organisation non reconnue ", le Forum démocratique pour le travail et les libertés dont il est le secrétaire général ainsi que pour les communiqués et déclarations qu'il a faits notamment, le 3 août 2000, à la suite du discours truffé de menaces, donné par le Président Ben Ali le 28 juillet dernier. Mustapha Ben Jaafar a déjà été arrêté en octobre 1999 et a comparu en novembre 1999 devant le juge d'instruction à la suite de ses déclarations lors des dernières élections présidentielles et législatives en Tunisie, éléctions-décor où le Président Ben Ali a obtenu un score à la soviétique de 99,43% des voix dans le cadre d'un scrutin faussement pluraliste. Le Docteur Mustapha Ben Jaafar, professeur de radiologie de réputation internationale, est connu pour son engagement aussi bien politique, syndical et associatif ainsi que pour son combat dans la défense des droits de l'homme… ce qui lui a valu le non-renouvellement de son passeport depuis le 24 octobre 1995 . Il est l'objet depuis le 12 septembre 1995 d'une décision administrative le privant de la direction du service radiologique de l'hôpital Rabta (Tunis). Privé de l'exercice de son métier; il ne lui reste que ses activités universitaires qui lui valent d'être chef de département sans bénéficier du titre comme ses collègues. Il a déposé un recours devant le tribunal administratif et attend depuis une réponse qui tarde à venir. Il a obtenu récemment son passeport et a pu faire un déplacement, en juillet 2000, en Espagne pour participer au congrès du parti socialiste.
Le CRLDHT réitère sa solidarité au Dr Mustapha Ben Jaafer. Il s'élève contre cette arrestation qui signe l'entêtement fébrile du pouvoir à l'égard des opposants et souligne la permanence des persécutions dont sont victimes les citoyens attachés à l'exercice de leurs droits fondamentaux, plus particulièrement les militants politiques et les défenseurs des droits de l'homme
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Maître Nejib Hosni est convoqué devant le juge d'instruction le 18 août 2000
Avocat et défenseur des droits de l'homme, Maître Nejib Hosni a reçu une convocation à comparaître devant le juge d'instruction auprès du Tribunal du Kef pour le 18 août 2000. Les faits qui lui sont reprochés sont toujours de la même veine : "diffamation de l'ordre public et diffusion de fausses nouvelles de nature à troubler l'ordre public ". Ces deux accusations font référence aux récentes déclarations et écrits de Maître Hosni notamment à l'occasion de la fête de la République en juillet dernier. ( voir les communiqués de Cid Tunisie @aol.com ou liste@maghreb-ddh.sgdg.org).
Membre du comité de liaison du Conseil national pour les libertés en Tunisie ( CNLT), Maître Nejib Hosni est constamment harcelé et persécuté par les autorités tunisiennes : il a été condamné à la prison et n'a obtenu sa libération qu'à la suite d'un mouvement de solidarité nationale et internationale en sa faveur. Privé de l'exercice de son métier pendant de longues années, il a été récemment rétabli dans son droit de travailler par le Conseil de l'ordre jusqu'au 13 août où un substitut de l'avocat général lui a déclaré qu'il n'est pas considéré comme un avocat en exercice. Privé de passeport et de téléphone, objet de filature et de surveillance policière constantes, Maître Nejib Hosni vit un calvaire entretenu par un pouvoir acharné à le faire plier pour son engagement aux côtés des victimes de la répression. Il faut rappeler comme l'indique le CNLT dans son communiqué du 14 août 2000, qu'il est en liberté conditionnelle et peut être à nouveau incarcéré à tout moment.
Le CRDLHT exprime sa totale solidarité avec Maître Nejib Hosni et dénonce le harcèlement et la persécution dont il est l'objet.
Le Docteur Saleh Ben Ammar puni pour avoir accueilli Taoufik ben Brik à l'hôpital lors de sa grève de la faim.
" La vengeance est un plat qui se mange froid dit le proverbe ". Dans un climat chaud en Tunisie faudrait-il ajouter. Professeur agrégé de médecine, le Dr Ben Ammar, l'a appris à ses dépens quant les autorités lui ont signifié, le 12 août 2000, qu'il a été relevé de ses fonctions de chef de service de réimplantation hépatique à l'hôpital Mongi Slim de la Marsa (banlieue de Tunis). Sa " faute " est d'avoir accueilli Taoufik Ben Brik pendant sa grève de la faim et d'avoir fait valoir l'éthique médicale sur la collaboration policière. Agissant en tant que médecin dont la réputation, nationale et internationale n'est plus à faire (le service du Dr Ben Ammar est le seul existant en Tunisie et a réussi des opérations de greffe connues mondialement), le Dr Ben Ammar s'est refusé à obéir aux injonctions des autorités policières de pouvoir sévir et parader librement à l'hôpital. Son éviction a suscité des remous dans les milieux hospitaliers tunisiens qui voient leur autonomie et leur réputation malmenées par l'arbitraire administratif et policier dont la dernière illustration est l'éviction du Dr Moncef Marzouki, autre personnalité du monde médicale, de son poste d'enseignant à la faculté de médecine de Monastir.
La voiture du Dr Moncef Marzouki : "disparue"
Privé de la parole, de l'exercice de la médecine, de sa vie de famille ( celle-ci est contrainte à vivre séparée de lui à cause du harcèlement policier), de téléphone et de passeport ( jusqu'à il y a quelques semaines), Moncef Marzouki est une cible de choix pour les sadiques de la police tunisienne et de leur ordonnateur. Puni y compris par des membres de sa famille interposés (son frère, Ali Bedoui, a été condamné et emprisonné trois fois et continue à être persécuté ), il jouit d'un traitement particulier : les autorités, après lui avoir ôté son poste d'enseignant, sa seule source de revenu, en vertu d'une décision scandaleuse et illégale prise lors d'un simulacre de conseil de discipline, se sont empressées de le priver de sa voiture. Le décor est toujours le même : un vol de véhicule dans une rue (à Hammam Lif) très fréquentée aux nez et aux yeux de tout le monde et sans qu'aucun témoin ne puisse se manifester. Ce grand art de s'emparer " sereinement " des biens d'autrui dans un pays gouverné par la police vaut son pesant d'or en Tunisie où les autorités se targuent de faire régner l'ordre et la sécurité.
Indigné par de tels actes de brigandage, le CRLDHT rappelle que les rodéos policiers lâchés dans des opérations punitives sont le propre des régimes totalitaires et dictatoriaux. Ils ne sont que la somme de petits calculs, une sorte de course contre le temps, qui ne peuvent escamoter l'indispensable respect des droits et des libertés des Tunisiens, au premier rang desquels le droit à la vie, à la parole et au travail, qu'aucune loi liberticide, fut-elle votée par un parlement-decor ne peut durablement malmener.
Paris
, le 17 août 2000