
Communiqué
Le président de la République tunisienne n¹a pas ménagé ses paroles à
l¹occasion de l¹ouverture de l¹Université d¹été des jeunes de son parti qui
monopolise le pouvoir dans ce pays depuis plus de 40 ans. Dans son discours prononcé le
28 juillet, le président a donné un nouveau coup dur à la société civile et la vie
politique.
En affirmant que :
- " Je tiens à souligner qu¹il n¹y a pas lieu de se livrer à une surenchère à
propos de ces constantes encore moins de brandir des slogans fallacieux au sujet de
l¹existence de prisonniers d¹opinion : car il n¹y en a pas dans notre pays "
- " Il n¹est pas question, en outre, qu¹au nom des libertés publiques, se
manifestent des structures illégales qui s¹arrogent le statut d¹associations,
d¹organisations ou de comités. Il ne peut y avoir de légalité hors des législations
en vigueur "
- " Je voudrais, également, saisir cette occasion pour dire, en toute clarté, que
le fait de chercher à faire le jeu de ceux qui se livrent à des attaques contre la
Tunisie, depuis, et à se faire complice, par le mensonge et la calomnie, des détracteurs
et des aigris, sans s¹embarrasser du moindre scrupule patriotique ou moral, est une forme
de trahison contre laquelle nous ferons recours à la loi, si besoin est "
il vient de mettre en cause les conclusions du rapport de M. Abid Hussein le Rapporteur
spécial des Nations Unies sur la liberté d¹expression et d¹opinion, ainsi que le
Comité contre la Torture qui conforment l¹existence d¹au moins d¹un millier
d¹opposants politiques dans les différents lieux d¹incarcération en Tunisie, la
pratique de la torture, le mauvais traitement, la restriction de la liberté d¹expression
et d¹opinion et le non respect des autorités tunisiennes des conventions internationales
protégeant les droits fondamentaux.
La machine répressive de l¹Etat n¹a pas tarder de se remettre en marche pour exécuter
les directives de la tête de l¹Etat peu importe que ses propos sont prononcés devant le
parti ou au sein du gouvernement.
En réalité, la séparation entre le RCD et l¹Etat n¹a jamais existé. Le
premier bilan après juste quatre jours est préoccupant :
- Le Dr Moncef Marzouki, ancien président de la ligue tunisienne des droits de l¹homme
et actuel porte-parole du Conseil National pour les Libertés en Tunisie vient d¹être
limogé de son travail après son retour de l¹Europe.
- Maître Nejib Hosni qui a publié un communiqué le 25 juillet pour exprimer son
attachement au régime républicain et manifester sa sympathie avec ses clients
emprisonnés à cause de leurs idées politiques fait l¹objet au Kef d¹une surveillance
rapprochée inquiétante. Il est encore privé de son passeport qui lui a été retiré en
1994. Le 31 cet a été convoqué aux services du Ministère de l¹intérieur.
- M. Rachid Khechana, membre du bureau politique du Rassemblement socialiste progressiste
(R.S.P) et fondateur "de la Commission Nationale contre la Normalisation (des
relations arabo-israliennes ) " a été interpellé le lundi après-midi pour un
interrogatoire concernant les activités de son organisation.
- Plusieurs membres régionaux du comité de Hamma Hammami ont été convoqués par la
police durant la journée du 31 juillet. C¹est notamment le cas du Dr. Sami Souihli
Secrétaire général du Syndicat des médecins de Bizerte.
- M. Mohamed Hedi Sassi, ancien detenu politique pour appartenance au Parti des ouvriers
communistes tunisiens a été sujet a des visites régulières de la police de son
quartier.
- Le maintien en isolement des dizaines de prisonniers d¹opinion. C¹est notamment le cas
de : M. Ali Laraidh, M. Sadok Chourou, M. Hamadi Jebali, M. Mohamed Guéloui, M. Habib
Ellouz, M. Abdallah Zouari, M. Bouraoui Makhlouf, M. Tahar Harathi, M. Ridha Boukadi, M.
Karim Mathlouthi.
- La privation de soin vital pour des dizaines de détenus politiques. C¹est notamment le
cas de : M. Walid Ben Saïd, M. Habib Ellouz, M. Moncef Boughdiri, M. Mohamed Mseddi, M.
Brahim Zoghlami, M. Abderraouf Bedoui, M. Kamel Sehili, M. Adellatif El Mekki, M. Fathi
Ouerghi, M. Mustapha Arfaoui, M. Taoufik Echaieb.
- M. Mohamed Chourabi, membre du RAID, vient de revoir refuser le renouvellement de son
passeport.
Vérité-Action exprime sa profonde inquiétude devant le durcissement du discours
politique de la haute autorité tunisienne. Les responsables tunisiens viennent confirmer
leur politique de la main forte qui anéanti l¹action de la société civile et prive le
pays d¹une vie politique pluraliste et démocrate. Le choix de l¹université d¹été de
la jeunesse du RCD laisse craindre la pérennisation de cette situation. Au lieu de
passer un message d¹ouverture et du respect du différent, c¹est plutôt la langue du
bois qui a pris le devant de la scène.
Notre organisation appelle la sous commission des droits de l¹homme qui a commencé ses
travaux aujourd¹hui à Genève, les organisations des droits de l¹homme, les partis
politiques ainsi que toutes les personnes intéressées par le respect des droits de
l¹homme d¹intervenir auprès des autorités tunisiennes afin de :
- Libérer tous les prisonniers politiques et d¹opinion et promulguer une loi d¹amnistie
générale pour tous les Tunisiens prisonniers, poursuivis ou jugés pour leurs opinions
ou leurs activités politiques et associatives
- Arrêter la politique de l¹isolement et permettre aux détenus de bénéficier de tous
les droits garantis les règlements régissant la vie carcérale et ouvrir une enquête
indépendante sur les lieux d¹isolement et les conditions d¹incarcération.
- Garantir la liberté d¹opinion et d¹expression.
- Arrêter la politique de harcèlement, de torture et d¹intimidation des opposants
politiques avérés ou présumés, des
défenseurs des droits de l¹homme, détracteurs du gouvernement, des journalistes et de
leurs familles.
- Etablir une démocratie réelle et pluraliste en levant la tutelle du pouvoir sur la vie
associative et politique sans exclure aucune composante de la société.
Fribourg, le 1 août 2000
Pour Vérité-Action
El Afif Ghanmi, Président
Vérité-Action Case postale 938 CH - 1701 Fribourg
Tel: ++41 79 247 23 61 Fax: ++41 21 922 80 27 CCP: 17-554253-
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