AMNISTIE INTERNATIONALE

COMMINUQUÉ DE PRESSE 11 juillet 2000

AI Index : MDE 30/015/2000

Document Public Nr du Service de Presse : 136

TUNISIE: Amnesty International et la FIDH toujours indésirables en Tunisie

Amnesty International exprime sa surprise et ses vifs regrets apres que deux déléguées de l'organisation, Donatella Rovera et Hassina Giraud, accompagnées de Patrick Baudoin, Président de la Fédération internationale des ligues des droits de l'homme (FIDH), ont été empéchées d'entrer sur le sol tunisien. Donatella Rovera, Hassina Giraud et Patrick Baudoin se sont vus signifier leur interdiction de pénétrer sur le territoire tunisien le 11 juillet au matin a l'aéroport de Tunis- Carthage, alors qu'ils arrivaient de Paris et se préparaient a y effectuer une visite d'écoute et d'information. Amnesty International et la FIDH avaient récemment recu un accord de principe des autorités tunisiennes pour reprendre leurs visites en Tunisie.

Les autorités tunisiennes avaient en effet banni l'accés au territoire tunisien á Donatella Rovera et Patrick Baudouin, respectivement depuis 1994 et 1996. Cette décision du gouvernement tunisien illustre une fois de plus et de maniére exemplaire le fossé qui sépare le discours officiel tunisien sur le respect des droits humains et des libertés fondamentales et la répression systématique des activités des défenseurs de ces droits, a déclaré Amnesty International.

Alors que le gouvernment tunisien a récemment pris des mesures symboliques, donnant leur passeport á certains militants tunisiens des droits humains, cette interdiction faite aux organisations non gouvernementales (ONG) internaionales de se rendre en Tunisie prouve que les autorités tunisiennes n'ont pas changé leur position sur le fond et continue á réprimer les activités liées á la défense et á la promotion des droits humains, a déclaré l'organisation aujourd'hui.

Contexte :

Au cours des derniers mois, la Tunisie a assisté á un changement de "climat": d'une part les personnes manifestant contre des décisions gouvernementales, s'exprimant publiquement contre l'absence de libertés ou participant á des reunions d'ONG locales, sont de plus en plus nombreuses, d'autre part, le gouvernement a rétabli certaines personnalités dans leurs droits fondamentaux.

Ceci constitue un développement positif mais n'affecte malheureusement pas la situation générale: prés d'un millier de prisonniers politiques accusés d'appartenance au groupe islamiste al-Nahda (Renaissance), des prisonniers d'opinion pour la plupart, demeurent détenus, le plus souvent dans des conditions trés précaires. Leurs familles ainsi que celles des anciens prisonniers politiques sont sujettés á différentes formes de harcélement et d'intimidation et privées de l'accés aux services publics. Plusieurs associations, comme le Conseil national pour les libertés en Tunisie, demeurent toujours interdites. Les associations autorisées comme la Ligue tunisienne des droits de l'homme sont soumises á de fortes restrictions. De nombreux défenseurs des droits humains continuent d'étre harcelés et intimidés. Ceux qui tentent d'exprimer publiquement leur mécontentement, comme les groupes récemment créés de diplomés chomeurs, sont arrétés et maltraités. Les autorités tunisiennes ont á plusieurs reprises expulsé et banni de leur territoire des journalistes ou des militants des droits humains étrangers.

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