Objet : [maghreb-ddh] Sortie de grève à Alger pour Taoufik
Ben Brick avant un retour à Tunis
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Renvoyer - Date : Wed, 10 May 2000 18:00:27 +0200
Sortie de grève à
Alger pour Taoufik Ben Brick avant un retour à Tunis
par :
Pierre TAILLEFER
PARIS, 10 mai (AFP) - Le
journaliste tunisien Taoufik Ben Brick, fortement mis en garde
par ses amis contre tout "jusqu'au boutisme", a choisi
de terminer jeudi ou vendredi à Alger une grève de la faim
commencée le 3 avril à Tunis et poursuivie à Paris, avant de
rentrer en Tunisie continuer son combat pour les droits de
l'Homme.
Il a annoncé son départ au cours d'une conférence de presse
dans un local de l'Assemblée nationale, invité du député Vert
Noël Mamère.
Ce revirement intervient au lendemain d'une sévère mise en
garde adressée par son principal soutien, le responsable de
l'organisation Reporters sans frontières (RSF), Robert Ménard.
Dans un entretien avec Libération, le Secrétaire général de
RSF lui rappelait qu'il "faut savoir arrêter une grève de
la faim quand on a atteint ses objectifs (...), sans fuite en
avant, sans un jusqu'au boutisme qui risquerait de retourner
contre Taoufik, et contre les militants tunisiens des droits de
l'Homme, une opinion qui est aujourd'hui acquise à son
combat".
"Notre rôle est de tirer les sonnettes d'alarme quand il
faut les tirer", a expliqué mercredi à l'AFP Robert
Ménard, soulignant que ses relations avec le
journaliste, qui l'a invité à sa conférence de presse,
étaient toujours très bonnes. "Nous sommes ses amis à
RSF", a-t-il dit, tout en jugeant "intempestifs"
certains de ses propos.
RSF a assumé les frais de son hospitalisation. M. Ben Brick a
perdu 27 kg depuis le 3 avril (bien avril) mais ses jours ne sont
pas en danger car il a pris des boissons sucrées, des vitamines
et a bénéficié de perfusions, a
précisé M. Ménard.
Il estime notamment que le "J'accuse" publié ce
week-end par M. Ben Brick contre le président Jacques Chirac et
ses relations avec le gouvernement du
président Zine El Abidine Ben Ali, "n'était pas juste,
était maladroit et difficilement compréhensible".
"un petit moustique qui empêche Ben Ali de faire la
sieste"
Rappelant combien était critiquable la position de la France sur
les libertés de la presse et les droits de l'Homme en Tunisie,
le responsable de RSF a souligné qu'on "ne peut que
constater qu'il y a une évolution", le
gouvernement et le président ayant pour la première fois
appelé M. Ben Ali à démocratiser son régime.
"C'est une victoire. Taoufik a fait plus en un mois qu'en
dix ans tous les défenseurs des droits de l'homme sur
place", a poursuivi M. Ménard. "Il a obtenu un
passeport, la levée des charges contre lui, son frère est
toujours en prison mais la donne a changé. Huit cents militants
des droits de l'Homme se sont réunis ce week-end pour le
soutenir. Cela aurait été invraisemblable il y a seulement
quelques semaines. Il faut maintenant passer à d'autres modes
d'action".
Taoufik Ben Brick a indiqué qu'après son départ jeudi de
Paris, il resterait une semaine à Alger. Il rentrera ensuite en
Tunisie où il se considère "comme
un petit moustique qui empêche Ben Ali de faire la sieste".
"Les policiers tunisiens me manquent, c'est mon gagne-pain
de journaliste.
Certains sont fans de Maradona ou de Madonna, moi je suis fan des
chefs de la police tunisienne", a-t-il dit
"Je veux terminer ma grève de la faim dans un lieu
symbolique, le lieu de l'exécution à Alger d'Ali
Lapointe", responsable clandestin du FLN algérien
tué par l'armée française en 1957.
M. Ben Brick avait invité le directeur du quotidien algérien El
Watan, Omar Belhouchet. Ce dernier a évoqué "la
solidarité, naturelle et spontanée des
journalistes algériens avec Taoufik Ben Brick dès le début de
sa grève. Il s'agit d'un geste spontané, sans aucun calcul
politique, sans aucune volonté
de nuire à la Tunisie officielle".
Le directeur d'El Watan a souligné qu'il fallait que "les
dirigeants du Maghreb comprennent aujourd'hui que le travail des
organisations internationales de défense des droits de l'Homme
est relayé par des avocats,
par des journalistes, par des hommes politiques".